Les Pionnières du ZZ : Zéro déchet, Zéro gaspillage

De plus en plus de personnes se mettent au Zéro Déchet, démarche visant à réduire à l'échelle individuelle notre production de déchets. Ce sont pour le moment surtout des femmes qui se sont engagées dans ces gestes écologiques du quotidien. Nous avons rencontré Aurélie, Céline et Marine, bordelaises en première ligne pour défendre le ZZ. Première étape d'une révolution éco-féministe?

Aurélie et Yann, 33 ans, Lena 2 ans : une militante et sa famille Zéro Déchet.

Aurélie et Yann, 33 ans, Lena 2 ans : une militante et sa famille Zéro Déchet.

Aurélie et Yann, 33 ans, Lena 2 ans : une militante et sa famille Zéro Déchet.

Aurélie a 33 ans. Elle fut d'abord parisienne, elle est aujourd'hui bordelaise et demain, elle sera néo-rurale. Son histoire, c'est le parcours d'une femme qui a décidé peu à peu de faire coïncider ses convictions profondes avec sa façon de vivre. Cette ancienne cadre, qui travaillait dans le monde du luxe, quitte avec son compagnon la capitale pour Bordeaux, il y a cinq ans.

Au même moment, elle se lance dans le mode de vie zéro déchet et ouvre un blog sur le sujet: « les agités du bocal» . Son compagnon la suit dans sa démarche. D'abord conçu pour se donner du courage, son blog devient vite un moyen d'inspirer les autres : « Je voulais transmettre ce que je savais sur le sujet, mes recettes, mes bonnes adresses bordelaises. J'ai été très influencée par mes lectures (par exemple des ouvrages de l'américaine Bea Johnson), je voulais à mon tour défendre une vision non culpabilisante du sujet ».

À ceux qui raillent des actions minuscules pour enrayer la catastrophe écologique en cours, la trentenaire rétorque que l'action citoyenne ouvre dans les têtes des changements non négligeables : «Démarrer le zéro déchet, cela paraît sans importance, mais c'est se poser la question de ce qu'on mange, c'est remettre en cause la façon dont on produit et consomme dans notre société capitaliste. L’étape d’après, c'est le bio, le circuit court, voire le véganisme. Ce n'est pas si anodin».

A Bordeaux, les adresses de magasins et restaurants engagés dans la démarche se multiplient ce qui réjouit la trentenaire qui a décidé pourtant de quitter la ville. « je veux aller plus loin, changer avec mon mari d'itinéraire professionnel, j'envisage d'ouvrir une ferme bio. La métropolisation à ses limites. Je pense qu'il faut que de familles comme nous réinvestissent les campagnes. La lutte contre le réchauffement climatique ne se réglera pas seulement dans les villes! »

Les femmes au front quotidien du ZZ

Le témoignage d'Aurélie, c'est l'histoire d'une femme qui a été à l'origine du basculement vers le Zéro Déchet de son foyer. Quand on regarde de plus près les associations écologistes bordelaises qui se sont emparées de ce sujet, on y trouve une majorité de femmes. Chez Ecolo[Geek] par exemple, association qui promeut les «eco-gestes» du quotidien à Bordeaux depuis 2008, il y a cinq femmes pour trois hommes dans l'équipe permanente. Sur la bannière du site du mouvement Bordeaux en Transition, on voit clairement plus de visages féminins que masculins. Dans l'organisation Zéro Waste Bordeaux qui encourage le ZZ (Zéro déchet, Zéro gaspillage) , il y a treize femmes pour cinq hommes chez les membres actifs de l'association.

Céline est community manager là-bas. Cela fait longtemps que la jeune femme s'investit dans la préservation de notre planète. D'un stage à l'ONU-Environnement à son travail actuel dans une association écologiste, la lutte contre le gaspillage et les déchets a toujours été au cœur de ses préoccupations. En début d'année dernière, elle contacte le siège parisien de Zéro Waste France pour exprimer son désir de créer une section bordelaise de l'organisation, l'association est née il y a 20 ans et s'est disséminée peu à peu depuis sur tout le territoire. Céline est mise en relation avec d'autres Bordelais et surtout Bordelaises exprimant ce même souhait.

Ils se sont rencontrés et sont arrivés à monter la structure au fonctionnement collégial et horizontal. Un de leurs objectifs est d'attirer des publics pas forcément concernés par la question. « A travers des sorties vélos ou une présence dans des festivals non-écolos comme le Bordeaux Geek festival (dédié aux jeux vidéo), nous essayons de ne pas seulement prêcher les convaincus. C'est plus dur mais c'est ça l'important ».

Pour savoir comment élargir les publics, il faudrait déjà connaître le profil type de la personne engagée dans le Zéro Déchet. C'est ce qu'a tenté de faire l'ADEME (Agence de l'Environnement et de la Maîtrise de l'Énergie) à travers une étude menée en 2017. Et cette enquête prouve bien qu'il y a plus de femmes lancées dans cette démarche écologique.

90 % de répondants sont des femmes, 50% de ces femmes ont de 26 à 35 ans, 70 % sont en couple et la majorité ont un Bac +4. Les femmes avec un haut niveau d'étude sont donc celles qui prennent pour le moment vraiment au sérieux et appliquent cette démarche écologique et citoyenne au quotidien.

Ecologie et Féminisme : Les luttes parallèles ?

Une situation qui commence à créer du débat chez les féministes. Jugé comme un problème domestique, le zéro déchet serait relégué aux femmes. La journaliste, blogueuse, et romancière Titiou Lecocq déplore cette situation dans une interview au média en ligne Novethic :«L’égalité est une condition nécessaire à la transition écologique. Tant que les hommes ne s’impliqueront pas dans ces sujets, ça ne marchera pas. Quitte à faire du zéro déchet, faisons du zéro sexisme. Le zéro déchet alourdit forcément au début les tâches ménagères». Or pour lemoment, les femmes continuent d'assurer la majorité de celles-ci :« Au début, il faut tout anticiper, dans le zéro déchet ; cela devient écrasant et alourdit la charge mentale déjà très lourde ».

Certaines féministes voient au contraire des raisons d'espérer dans le développement du Zéro déchet. Le mouvement éco- féministe est né dans les années 1980 aux Etats-Unis. Les éco- féministes pensent que les comportements de domination et d’oppression que subissent les femmes sont les mêmes que ceux que subit l’environnement de la part des Hommes, cette fois-ci avec un grand H. L'avancée des idées écologistes et féministes dans nos sociétés serait liée, parallèle.

Selon la journaliste au Monde Diplomatique et essayiste Mona Chollet (au micro de La Poudre animé par Lauren Bastide) pour la sortie de son récent ouvrage : Sorcières, la puissance invaincue des femmes : « Il y a un danger apparent dans l'éco- féminisme, celui d'essentialiser les femmes, d'en faire des êtres purs, seules à même de bien s'occuper du sort de la nature mais il y a surtout cette idée forte de défaire deux dominations créées en même temps : contre le corps de femmes et contre la nature ».

Pour Sandrine Courvoisier-Gombert, maître de conférences à l'Université de Bordeaux, spécialiste de l'impact de l'homme sur l'environnement. Mener plusieurs combats de fronts est de toute façon essentiel rien que dans la sphère écologique. «L'impact des individus peut-être tout aussi décisif que celui des politiques et des industriels. Si nous changeons peu à peu nos comportements, cela va avoir un impact sur l'environnement. Il faut sortir d'une vision manichéenne. Il faut agir en même temps sur différentes strates ».

Pour aller plus loin: Nous avons interrogé Marine qui s'est lancée récemment dans le Zéro Déchet pour savoir comment et pourquoi le ZZ entre dans une vie....